Comment anticiper les travaux futurs pendant une rénovation ?
Quand nous avons rénové notre maison, nous avions fait un plan de tout ce qu’il fallait réaliser pour pouvoir y habiter. Nous avions également quelques idées pour la suite, notamment l’installation de panneaux photovoltaïques. Pour le coup, c’était quelque chose que nous savions déjà que nous allions faire.
En revanche, nous n’avions pas prévu de changer notre moyen de chauffage dans les années suivantes, ni même de réaliser une isolation par l’extérieur.
Et c’est finalement assez logique.
Une rénovation demande déjà énormément de temps pour réfléchir aux travaux immédiats, choisir les matériaux, déterminer l’ordre des travaux et organiser le planning. Imaginer en parallèle tout ce que l’on pourrait vouloir faire dans cinq ou dix ans est beaucoup plus compliqué.
D’autant plus que, pour anticiper correctement une future installation, il faut déjà avoir quelques connaissances sur son fonctionnement.
Prenons l’exemple du solaire thermique. Ce n’était pas du tout dans notre projet initial. Mais même si nous l’avions envisagé à l’époque, il aurait fallu que je me renseigne suffisamment sur son fonctionnement pour comprendre qu’il pouvait être intéressant de prévoir le passage de deux tuyaux isolés entre les combles et le local technique.
Difficile donc de tout prévoir.
Avec le recul, je pense néanmoins qu’il existe une différence entre vouloir anticiper tous ses futurs travaux et simplement faire en sorte que la maison puisse facilement évoluer.
Se projeter dans l’évolution de sa maison
Je ne pense pas qu’il existe une technique particulière pour imaginer tous ses futurs travaux. Il faut surtout essayer de se projeter.
Qu’est-ce que vous attendez de votre maison dans quelques années ?
Souhaitez-vous réduire vos factures ? Diminuer votre consommation d’énergie ? Réduire vos émissions de CO2 ? Installer de nouveaux équipements ?
Dans notre cas, les motivations sont principalement écologiques et budgétaires.
Mon objectif n’est pas d’avoir une maison totalement autonome. Nous sommes raccordés aux différents réseaux et je ne cherche pas spécialement à m’en passer. En revanche, j’aimerais avoir une maison qui consomme le moins possible et qui puisse produire une partie importante de l’énergie dont elle a besoin.
C’est dans cette logique que nous avons progressivement réalisé plusieurs travaux : isolation des combles, isolation du plafond du sous-sol, VMC double flux, isolation par l’extérieur, remplacement des ouvertures ou encore installation de panneaux photovoltaïques.
Nous avons également installé une cuve de récupération d’eau de pluie utilisée pour les toilettes, la buanderie et l’arrosage.
Aujourd’hui, l’un des principaux postes sur lesquels nous pouvons encore travailler est le chauffage et la production d’eau chaude sanitaire.
Notre chaudière gaz à condensation date de 2018. Lorsque nous avons acheté la maison en 2021, elle n’avait donc que trois ans. À aucun moment nous ne nous sommes dit qu’il fallait déjà prévoir son remplacement par une pompe à chaleur.
Quelques années plus tard, notre réflexion a évolué.
Nous aimerions notamment réduire notre dépendance au gaz et utiliser davantage l’électricité que nous produisons avec nos panneaux photovoltaïques. Nous envisageons donc aujourd’hui une pompe à chaleur, éventuellement réversible.
C’est un bon exemple de la difficulté à prévoir l’avenir d’une maison : certains projets apparaissent simplement avec le temps.
Profiter des gros travaux pour prévoir quelques réserves
Lorsque nous avons rénové l’intérieur de la maison, nous savions en revanche que nous installerions des panneaux photovoltaïques.
Notre installation électrique est organisée en pieuvre : de nombreuses gaines se rejoignent dans les combles puis descendent jusqu’au local technique situé au sous-sol.
Nous savions que nous aurions besoin de faire passer des câbles entre les panneaux photovoltaïques et le local technique, sans savoir précisément combien.
Nous avons donc demandé à l’électricien de prévoir trois gaines de réserve.
Et finalement, ce sont bien ces trois gaines qui ont été utilisées lors de l’installation.
Mon seul regret est de ne pas avoir prévu un accès intermédiaire à ces gaines depuis la partie habitable. Cela aurait pu nous permettre d’en tirer plus facilement de nouvelles par la suite.
C’est cette logique que j’essaierais de reproduire aujourd’hui : lorsque vous réalisez des travaux lourds et qu’une réservation supplémentaire est relativement simple à mettre en place, demandez-vous si elle pourrait être utile plus tard.
Nous avons appliqué cette logique lorsque nous avons électrifié notre portail.
Pour apporter l’électricité jusqu’au portail, j’ai creusé à la main une tranchée d’environ 25 mètres entre la maison et l’entrée du terrain.
Quitte à réaliser ce travail, nous avons décidé de ne pas passer un seul fourreau, mais deux.
Le premier sert à l’installation actuelle. Le second est simplement en attente.
Peut-être qu’il ne servira jamais. Mais si nous décidons un jour d’installer une piscine ou un autre équipement nécessitant de l’électricité en bas du terrain, une partie du travail sera déjà faite.
Et même si nous ne l’utilisons jamais, de futurs propriétaires pourraient un jour être contents de trouver cette réserve.
Penser également aux besoins qui vont évoluer
Nous avons essayé d’appliquer la même logique à l’intérieur de la maison.
Chaque chambre possède par exemple une prise RJ45 reliée à notre réseau.
Aujourd’hui, notre fils est encore petit et n’en a évidemment aucune utilité. Mais lorsqu’il sera adolescent ou jeune adulte, nous pourrons facilement lui proposer une connexion filaire dans sa chambre sans dépendre uniquement du Wi-Fi.
Encore une fois, je ne sais pas quelles technologies nous utiliserons dans dix ou quinze ans. L’idée est simplement de conserver plusieurs possibilités.
Nous avons fait quelque chose de similaire avec les sèche-serviettes de nos deux salles de bain.
Ils fonctionnent actuellement grâce au réseau de chauffage à eau chaude, mais nous avons également prévu une alimentation électrique à proximité.
Si nous passons un jour à une pompe à chaleur réversible et que nous devons abandonner ces sèche-serviettes hydrauliques, l’alimentation électrique sera déjà présente pour les remplacer par des modèles électriques.
Anticiper aussi l’entretien et les réparations
Préparer les futurs travaux ne signifie pas seulement prévoir des gaines ou des alimentations supplémentaires.
Il faut également penser à l’entretien.
Un exemple très simple chez nous est la baignoire.
Nous avons installé une trappe permettant d’accéder facilement au siphon et à l’évacuation. Nous avons choisi un système avec une plaque aimantée sur laquelle nous avons pu poser le même carrelage que sur le reste de l’habillage.
Visuellement, l’intégration est donc très discrète, mais nous pouvons retirer facilement cette plaque si nous devons intervenir.
Cela paraît être un détail jusqu’au jour où il y a une fuite.
Je connais des personnes qui n’ont aucun accès sous leur baignoire. En cas de problème, elles sont obligées de casser une partie de l’habillage pour pouvoir simplement atteindre l’installation.
De manière générale, nous avons donc essayé de conserver un accès aux raccords et aux éléments susceptibles de nécessiter une intervention.
Nous avons suivi la même logique pour la plomberie et le chauffage.
Plutôt que d’avoir différents équipements raccordés les uns à la suite des autres, chaque évier, douche, baignoire ou radiateur possède son propre raccordement vers une nourrice.
Cela demande davantage de tuyauterie.
En revanche, je peux isoler un équipement indépendamment du reste de l’installation.
Si un évier fuit, je peux couper uniquement son arrivée d’eau froide et son arrivée d’eau chaude sans couper l’eau dans toute la maison. Même chose pour les radiateurs : chacun possède son propre circuit jusqu’à la nourrice.
J’ai déjà eu à déplacer un radiateur. Nous n’avions pas prévu de le déconnecter, mais nous avons tout de même pu isoler uniquement celui-ci au niveau de la nourrice par sécurité.
Peut-être que ce système ne nous servira que très rarement, mais je ne regrette pas de l’avoir prévu.
Prévoir l’accès aux équipements… même si le projet peut encore évoluer
Notre VMC double flux est un autre bon exemple.
Lorsque nous l’avons choisie, je savais qu’elle était trop volumineuse pour passer par l’ouverture existante permettant d’accéder aux combles. Mais sélectionner la VMC uniquement en fonction des dimensions de cette ouverture aurait été trop contraignant.
Nous avons donc fait l’inverse : nous avons créé une ouverture spécifique dans le lambris situé au niveau de la façade des combles.
L’ouverture était propre et visuellement très discrète. Elle nous permettait de faire entrer la VMC dans les combles, mais aussi de pouvoir la ressortir un jour pour la remplacer.
Sur le moment, nous avions donc bien anticipé le problème.
Sauf que notre projet a ensuite évolué.
Nous avons décidé quelques années plus tard de réaliser une isolation par l’extérieur, ce qui n’était pas prévu lors de la rénovation initiale. L’isolation est venue recouvrir cette partie de la façade et l’ouverture que nous avions créée a donc été condamnée.
Ce n’est pas vraiment une erreur et cela ne nous pose aucun problème aujourd’hui.
Le jour où nous devrons remplacer la VMC, il faudra simplement trouver une autre solution, éventuellement en passant par la toiture.
Cet exemple montre surtout les limites de l’anticipation : même lorsqu’on pense avoir prévu une solution pour l’avenir, les travaux réalisés quelques années plus tard peuvent complètement changer la situation.
Laisser de la place pour faire évoluer les installations
Il y a également un élément auquel on ne pense pas forcément : la place disponible dans les équipements existants.
Notre tableau électrique commence aujourd’hui à être bien rempli.
Pourtant, nous avons déjà dû y ajouter plusieurs équipements qui n’étaient pas forcément prévus dès le départ.
C’est notamment le cas du visiophone.
Nous savions que nous allions électrifier le portail, mais nous n’avions pas anticipé précisément la manière dont le visiophone serait alimenté.
Le modèle que nous avons choisi pouvait être branché sur une prise située à proximité de l’écran. Mais je trouvais cette solution moins esthétique.
Nous avions également la possibilité d’installer son alimentation directement dans le local technique, au niveau du tableau électrique. Le chargeur occupe deux emplacements dans le tableau.
Heureusement, nous avions encore suffisamment de place pour l’ajouter.
Si vous refaites complètement votre installation électrique, cela peut donc valoir le coup de conserver un peu de place pour de futurs équipements, même si vous ne savez pas encore précisément lesquels.
Photographier avant de refermer
C’est probablement l’une des habitudes les plus simples que j’ai prises pendant la rénovation : photographier les installations avant de les rendre inaccessibles.
Nous avons par exemple pris en photo notre réseau électrique.
Au niveau du plafond du garage, certaines gaines allaient ensuite être cachées par l’isolation. Nous avons donc pris des photos et réalisé des schémas avant la pose de l’isolant afin de conserver une trace de leur emplacement et de leur destination.
Peut-être que ces informations ne serviront jamais.
Mais si nous devons un jour modifier l’installation, nous pourrons beaucoup plus facilement comprendre ce qui se trouve derrière l’isolant sans travailler à l’aveugle.
Personnellement, je fonctionne énormément avec les photos. Cela prend peu de temps et j’arrive généralement assez facilement à retrouver la logique d’une installation en les regardant.
Je l’ai également fait lorsque nous avons refait une partie du réseau de chauffage.
Je n’avais pas énormément de connaissances sur ce type d’installation. J’ai donc photographié l’existant avant de démonter certains éléments afin de conserver la logique du montage, notamment la position des différents éléments de sécurité.
Une fois notre travail terminé, nous avons demandé à un chauffagiste de remettre la chaudière en route et de vérifier notre installation. Il n’a fait aucune remarque particulière sur le nouveau réseau.
Les photos nous ont donc aidés pendant les travaux, mais elles ont aussi un autre intérêt.
Quelques années plus tard, elles permettent de revoir l’état initial de la maison et de prendre conscience de tout le travail qui a été réalisé.
Et ça aussi, je trouve que c’est important.
Conserver les informations utiles après la rénovation
Prendre des photos ne sert pas à grand-chose si on ne peut plus les retrouver quelques années plus tard.
De notre côté, nous restons assez simples.
Les photos et les plans sont conservés informatiquement. Les notices des équipements sont regroupées dans un dossier avec nos archives papier et nous conservons également les factures des professionnels.
Ces factures peuvent d’ailleurs servir de support pour conserver quelques informations supplémentaires. Nous pouvons simplement ajouter un Post-it pour préciser, par exemple, dans quelle pièce ou sur quel élément une référence de peinture a été utilisée.
Cela permet de retrouver facilement la bonne peinture quelques années plus tard si une retouche est nécessaire.
Pour certains matériaux, je préfère également conserver directement quelques exemplaires.
Pour les quelque 70 m² de carrelage effet parquet que nous avons posés dans les pièces de vie, j’ai rendu le surplus mais conservé un paquet complet. Nous avons fait la même chose avec nos autres carrelages.
Si un carreau est cassé plusieurs années après les travaux et que la gamme n’existe plus, nous avons ainsi quelques carreaux de la même fabrication pour le remplacer.
Enfin, les notices méritent vraiment d’être conservées.
Elles nous ont déjà été utiles pour la maintenance de plusieurs équipements, notamment notre système de gestion de l’eau de pluie. Lorsque nous avons rencontré quelques codes d’erreur, avoir la notice immédiatement disponible nous a permis d’identifier rapidement le problème et de savoir si nous pouvions intervenir nous-mêmes ou s’il fallait faire appel à quelqu’un.
Pas besoin d’un système d’archivage particulièrement compliqué.
Photos et plans informatiques, quelques dossiers pour les documents papier, les factures et les notices, et un petit stock des matériaux difficiles à retrouver : l’essentiel est surtout de savoir où chercher le jour où vous en aurez besoin.
Il ne faut pas non plus vouloir tout anticiper
C’est probablement le point le plus important.
Il est impossible d’imaginer aujourd’hui tous les travaux que vous réaliserez dans cinq, dix ou quinze ans.
Et vouloir absolument tout anticiper pourrait conduire à réaliser des travaux qui ne serviront finalement jamais.
Notre réflexion actuelle autour de la pompe à chaleur réversible en est un bon exemple.
Si nous remplaçons certains radiateurs par des ventilo-convecteurs permettant également de rafraîchir la maison, il faudra notamment prévoir une alimentation électrique à proximité de chaque appareil ainsi qu’une évacuation pour les condensats.
Ces installations n’existent pas actuellement.
Je pourrais commencer dès maintenant à préparer les alimentations électriques et les évacuations. Mais je ne vais pas le faire.
Je ne sais pas encore avec certitude si nous installerons une pompe à chaleur réversible. Je ne sais pas non plus si nous choisirons réellement des ventilo-convecteurs lorsque nous réaliserons ces travaux.
Et surtout, les technologies peuvent encore évoluer d’ici là.
Dans notre maison, réaliser ces travaux plus tard restera possible. Je devrai probablement percer la dalle pour faire passer certaines alimentations ou évacuations.
Ce n’est pas idéal, mais ce n’est pas non plus suffisamment compliqué pour justifier aujourd’hui des travaux basés uniquement sur une hypothèse.
C’est finalement l’équilibre que j’essaierais de trouver.
Lorsque vous réalisez une rénovation importante, profitez des murs ouverts, des tranchées ou des réseaux accessibles pour prévoir quelques possibilités supplémentaires lorsque cela est simple et peu contraignant.
Mais ne cherchez pas à transformer votre maison aujourd’hui pour répondre à tous les projets que vous pourriez éventuellement avoir dans dix ans.
Vous ne pourrez jamais tout prévoir.
L’objectif est surtout de ne pas vous fermer inutilement des portes.
